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Esprit bateau pour un beau loft d’artiste

Le 1 mars 2018

Photos : Cécile Langlois - Textes : Sandrine Lefebvre

Rêves d’Intérieurs – Edition 2012

Une ancienne vannerie restaurée abrite le vaste appartement- loft tout en clarté et boiseries d’une artiste peintre.

Dans cet impressionnant espace de quelque 160 m2, la blancheur des murs met parfaitement en valeur l’élégance des boiseries, la noblesse des meubles, mais aussi le faux désordre de toiles et de livres posés ici et là, véritable “patte” de la maîtresse des lieux. La beauté des volumes s’exprime sous la forme d’un duplex baigné de clarté, dont l’étage, regroupant quatre chambres, se caractérise par une passerelle ajourée en bois avec bastingage en métal, visible depuis le séjour.

BELLE CHARPENTE APPARENTE

Le charme d’un pan de mur en pierres, au fond de la pièce de vie, et de parements d’ardoise, recouvrant murets du salon et bar de l’entrée, complètent le tout. L’effet “bateau” est encore amplifié par la belle charpente de bois apparente. L’endroit est particulièrement accueillant pour les représentations de cordages marins de l’artiste (l’un de ses thèmes récurrents), mais aussi pour les maquettes de paquebots dont est féru son époux.

Dans les salles des ventes qu’elle fréquente assidûment, la maîtresse de maison a déniché quatre “fauteuils bateaux” pivotants, issus du paquebot Ile de France (début du XXe siècle). Autres clins d’œil à l’univers marin, des affiches sur les murs (de messageries maritimes, “Croisière impériale”...) ou encore des casiers Transatlantique près de la cheminée (où s’empilent également des tableaux).

« LE VIEIL HOMME ET LA MER »

A même le plancher en bambou, a été posé le portrait tout en hauteur d’un marin barbu, puzzle géant en cinq volets intitulé “ Le vieil homme et la mer ”. Voyageurs des mers, toujours, présents dans le quotidien de l’artiste comme dans son inspiration...

Des meubles anciens – une dizaine de chaises et fauteuils Louis XV et Louis XVI, une méridienne Empire restaurée par la maîtresse de maison, une petite commode Louis XV– côtoient des meubles de famille – deux meubles Renaissance, dont un exceptionnel buffet polychrome peint à la main ; un petit meuble vénitien...

Sur les murs s’exposent des dessins de Valtat, Dubuc, Jean- François Millet, ainsi que des toiles de peintres de La Hague, ville d’origine et de cœur du maître de maison. Enfin, non loin de l’entrée, un bronze d’Elisabeth Cibot, souvenir d’une galerie commune avec celle-ci, est particulièrement affectionné par la maîtresse des lieux.

De l’art d’être ébéniste

Le 6 novembre 2017

Textes : Valérie Samouel

Rêves d’Intérieurs – Edition 2017 (Cholet)

 

Fabrice Leblanc est ébéniste, spécialisé dans la restauration de meubles et objets en bois. Les techniques qu’il utilise visent à rendre à chacun d’entre eux leur fonctionnalité et leur esthétique tout en leur permettant de traverser le temps. Du rustique à la marqueterie, quelles que soient les époques, Fabrice s’attache à comprendre l’histoire et la fabrication de chaque pièce qu’il aborde. Collectionneurs, monuments historiques et particuliers lui confient leurs objets rares ou aimés. Sous ses doigts, les techniques de travail anciennes côtoient les plus modernes tout en privilégiant toujours l’authentique, le réversible, le naturel et le bio. Formé en ébénisterie, puis en sculpture dans la prestigieuse école Boulle, Fabrice a multiplié les formations et les expériences avant de créer son propre atelier en 1999. L’an dernier, il choisit de transporter son activité à Montrevault-sur-Evre et ne le regrette pas ! Amoureux de son art, du beau geste, Fabrice prend le temps de transmettre son savoir-faire à de jeunes apprentis et participe aux divers événements dédiés à l’artisanat de tradition.

www.ebenisterieleblanc.com

Le « menuisier inspiré »

Le 31 octobre 2017

Photos : Cécile Langlois
Textes : Sandrine Lefebvre

Rêves d’Intérieurs – Edition 2012

Comme un musicien qui, maîtrisant parfaitement sa technique, s’en échappe pour composer de nouvelles œuvres, Jean-Yves Guezengar explore la création sans limites, sur des objets, meubles, décors, mais aussi, à titre plus personnel, sur ses sculptures et peintures.

Ce menuisier-ébéniste de formation, installé depuis près de onze ans à son compte, fabrique meubles, objets et décors d’ambiance (de bars, restaurants, boutiques). Sont ainsi à mettre à son profit le bar du restaurant “Jean de la Queue” à La Haye- Foussière (refait en 2009), composé de rangées de fonds de bouteilles et d’une longue tablette en étain, ou encore la vitrine à vins et la cave avec table d’hôtes de “La Civelle” à Trentemoult.

Jean-Yves Guezengar « mélange tous les matériaux, sans limites, y compris sans bois ». Il travaille donc aussi le métal, le verre, le plastique, l’étain plaqué ou encore le zinc. « La matière m’inspire, et la forme, quand celle-ci est déjà calibrée ». Souvent, il crée à partir de restes de matières accumulés : « Je fais de “l’éco-design” », sourit-il. Ses objets sont liés au décor intérieur, et « dotés d’une petite utilité » : bibelots, vases, tables basses... Ses envies créatrices rendent souvent très ténue la frontière entre travail artisanal et œuvre artistique. Ainsi, Jean-Yves Guezengar alterne entre création sur mesure, à la demande pour particuliers et professionnels selon des dimensions précises, et réalisation de petites sculptures ou encore de toiles polychromes sur bois qu’il expose à l’occasion. Il y a cinq ans, comme un compagnon, il s’est même fabriqué son “chef d’œuvre”, intitulé “l’œuf” : un meuble-sculpture d’un mètre de diamètre, présentoir à portes cylindriques tournantes, qui lui a demandé quatre cents heures de travail.

Passionné de technique —il ne rate jamais une occasion d’échanger sur ce sujet avec d’autres artisans—, ce « menuisier inspiré » comme il se décrit, a dernièrement élaboré un meuble design, qui, grâce au concours d’un mécène associé, va se développer à échelle industrielle. Cette cloison-étagère, d’un seul tenant vertical en bois de hêtre, bouleau et piètement en inox brossé, est entièrement modulable, grâce à des planches insérables, de taille différente. Pour une adaptation à nos intérieurs... sans limites.

Ventes à l’atelier, visites sur rendez-vous
35, La Rebourgère 44680 Maisdon-sur-Sèvre
www.atelierguezengar.com

XIII, XIV, XV, XVI : comment reconnaître les Louis ?

Le 12 octobre 2017

Textes : Thierry Frer

Sombre et austère, le style Louis XIII perpétue l’esprit Renaissance modifié par les influences italiennes, espagnoles et flamandes insufflées par Catherine de Médicis. La chaise à bras - le mot « fauteuil » apparaît sous Louis XIV -, le tabouret, le coffre et le banc sont les meubles courants de l’époque. L’armoire et le cabinet à la façade composée de tiroirs soutenue par des pieds torsadés sont les deux grandes créations du style. La géométrie est de rigueur : pointes de diamants, rosaces et tas de sable - petite pyramide à quatre pans. La cartouche ovale, convexe, ornée de courbes plissées évoquant le cuir, rompt avec cette rigidité. Les pieds des sièges tournés en chapelet, torsadés ou en balustre sont reliés par des entretoises en H qui en assurent la solidité. L’évolution du style annoncera le Louis XIV avec le pied en os de mouton qui inspirera celui en console imaginé par André-Charles Boulle. Les dossiers des sièges initialement bas et frangés se haussent. Les cabinets prestigieux sont plaqués d’ébène, voire incrustés de pierres précieuses, d’os, d’ivoire, d’écaille et d’étain, technique que Boulle améliorera avec sa marqueterie.

Le L XIII évolue vers le L XIV en affranchissant progressivement la structure des meubles de l’architecture, pour des besoins fonctionnels et de confort. Apparaissent les premiers bureaux.

Le mobilier L XIV se distingue en deux familles : le mobilier d’apparat orné des placages précieux de Boulle et le mobilier bourgeois en bois massif doré, en référence au Roi Soleil.

Les sièges L XIV ont les dossiers hauts et étroits. Les entretoises troquent le H contre le X reliant pieds en os de mouton en console ou en gaine à section carrée. Les accotoirs plus ondulés et parfois garnis d’une manchette rembourrée finissent en volute. Le fauteuil de confessionnal à oreillettes percées, ancêtre de la bergère, apparaît. Le bureau Mazarin - composé de caissons latéraux surélevés par huit pieds - remplace le cabinet. Boulle invente la commode. Ces meubles ainsi que les armoires sont ornés de « marqueterie Boulle », décor de placages composites, utilisant en outre l’écaille de tortue, découpés et collés sur l’armature consolidée de bronzes dorés pour la protéger des écarts de température. Le style somptueux et la richesse des matériaux contrastent avec le L XIII, mais la symétrie et la ligne droite restent d’actualité. Ces formes s’assoupliront pour devenir plus courbes et bombées sous le style Régence, ébauche du L XV.

Sans précédent, le style L XV ose l’asymétrie. Il s’en dégage légèreté et fantaisie. Une meilleure maîtrise des assemblages et de la résistance des bois permet de supprimer l’entretoise et d’explorer de nouvelles formes courbes comme les pieds galbés. Le bureau plat, plus large que le Mazarin n’a plus que quatre pieds. Sous L XIV, les meubles occupaient la périphérie des pièces. Repensés sous L XV pour occuper tout l’espace, l’envers des dossiers est aussi travaillé. Les formes des commodes et secrétaires aux façades galbées en plan et en élévation s’allègent. Les pièces étant plus petites et plus chaleureuses, le style joue la carte du confort et de l’innovation avec de nombreux petits meubles comme les tables de chevet, à ouvrages ou à jeux, à tiroirs et tablettes escamotables. Les bronzes dorés de motifs « Rocailles », inspirés d’une nature végétale et aquatique revisitée, contrastent avec les bronzes symétriques L XIV par leur asymétrie extravagante et tourmentée.

Le style Pompadour dit Transition, influencé par la découverte de Pompéi, s’inspire du classicisme de l’antiquité gréco-romaine. Ce retour à des formes raides et symétriques se confirme avec le style Louis XVI. Plus architecturée, la marqueterie alterne entre frisages géométriques et bouquets naturalistes. Les pieds de meubles sont droits, tournés, cannelés, fuselés ou en gaine. Les dossiers de sièges en médaillon ou en chapeau alternent avec les formes montgolfières ou en lyre. La table de salle à manger remplace la table de fortune dressée sur tréteaux.

Suite au retour de Bonaparte de la campagne d’Egypte, le style L XVI évoluera vers l’Empire, sous le Directoire, dans une transition inspirée de l’antiquité égyptienne qu’on nommera « Retour d’Egypte ».