Grandeur Nature

Le 1 novembre 2017

Textes : Cécile Fraboul

Rêves d’Intérieurs – Edition 2017 (Cholet)

600 mètres carrés de surface au sol, 8 mètres de hauteur sous faîtage et, autour, 90 hectares de terre : redimensionner la démesure.

Le hameau et la ferme sont dans la même famille depuis plus d’un siècle. Fallait-il laisser le temps dénouer les liens ou, à l’exemple des anciens béguinages, réunir la petite communauté de cousins en leur fief ? Pour que l’histoire continue, l’idée de donner une seconde vie à la grange, bâtiment central à plus d’un titre, était séduisante. À condition de prendre la mesure du colossal chantier.
 Avec un tel volume d’un seul tenant, l’espace est à la fois un allié et un ennemi. Parfois, la sagesse doit retenir l’élan... Pour autant, modération n’est pas abdication. Tiers par tiers, pas à pas, le lieu renaît. Avec une double vocation : devenir habitation principale et abriter des activités équestres (élevage de chevaux, accueil de cavaliers, formation et coaching). Ce qui a déjà été accompli témoigne de ce que la réalité a concédé au rêve, et révèle qu’à l’impossible chaque artisan s’est tenu. Ancienne étable dénaturée, le bâtiment a repris forme au terme de patients et ingénieux travaux. Pour commencer, une partie de la charpente en chêne a été démontée et reprise à neuf, et la portée des poutres contenue par des poteaux, afin que la structure, fièrement redressée, soit prête à reprendre un rôle-titre.
 Dehors comme dedans, bois et pierre ont invoqué l’héritage. Dedans, un plancher a été posé pour inventer une habitation en duplex. Dehors, les murs ont été relevés et consolidés par une ossature bois, afin que l’ensemble ait l’assise du legs perpétuel. Et comme le diable n’est pas le seul à se loger dans le détail, à l’étage, les ouvertures ont été percées dans la façade. Il n’était pas question de céder à la facilité en installant des fenêtres de toit qui auraient falsifié le « testament patrimonial » !
 Partout, l’astuce s’est jouée des obstacles pour prévenir les problèmes. La baie vitrée, qui habille majestueusement la façade Ouest, a été installée en retrait, afin de protéger la bâtisse de la pluie et des vents dominants. Pour l’isolation thermique, la fibre de bois a été choisie pour le confort qu’elle procure aussi bien que pour sa réputation de retardateur de feu. À l’étage, une chape de sol fermacell a apporté sa légèreté et sa capacité à atténuer les bruits. Les trouvailles ont gagné jusqu’au bac de douche, créé en matériau composite d’un seul bloc pour limiter les interstices et les joints.

Côté décoration, si l’aspect fonctionnel s’est invité, à aucun moment il n’a pris le pas sur l’envie de beau et de bien-être. La cheminée classique répond au poêle à bois contemporain, pour rappeler ce que le présent doit au passé, mais pas seulement. Combinés à l’aérothermie et au plancher chauffant, ils sont deux apports de chaleur à l’intersaison. Les meubles, récupérés ou chinés, rassurent par leur densité et leur calibre ; ils emplissent l’espace avec l’autorité nécessaire. Au sol, la pierre naturelle et le jonc de mer, tout comme le béton poreux en terrasse sont là pour rappeler qu’à la campagne, la matière se vit.

En somme, plutôt que de les inciter à bâtir des châteaux en Espagne, la grange du bocage vendéen a suggéré à ses propriétaires de laisser leur imagination s’échapper vers un avenir (re)fondateur.

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